| 24|11 | J’ai testé l’exposition Bodies |

J’ai profité des quelques jours passés à Montréal pour aller voir l’exposition Bodies, traduite en france par « A corps ouvert ». Comme vous pouvez certainement le comprendre, nous (j’y suis pas allé seul quand même) avons eu quelques hésitations avant de se lancer.
Le principe est assez simple : des cadavres chinois ont subis un procédé assez spécifique, l’imprégnation polymérique, c’est à dire qu’ils sont plongés dans de l’acétone puis dans de la silicone liquide ce qui permet de tout conserver bien à l’air libre. Différents modèles sont présentés : ça commence par les os, le squelette etc. Décollage en douceur. Mais vite, on arrive aux tendons, avec des pieds et des mains dépecés d’où apparaissent clairement les nombreux tendons. Puis aux muscles du visage. Oula, c’est étrange. On voit un visage dépecé, les muscles bien rouges (c’est qu’il y en a beaucoup!). Mais malgré tout, ce visage garde tout de même cet air paisible des morts, un air bien humain. Dérangeant.
On rentre dans le vif du sujet avec des corps dépecés mis en scène : une femme joue au tennis, un homme au foot, un autre danse avec un squelette.

Avec ces mannequins là , on oublie complètement qu’ils sont de vrais cadavres, tant les poses sont originales. Le processus de conservation des corps semble les rendre tout secs, peu naturels. Du coup on peut très bien y voir non pas de vrais corps, mais des mannequins de plastique. Et c’est là que ça pose problème a mon avis, on y reviendra.
L’expo continue avec des foetus morts conservés dans un liquide transparent, différents foetus, embryons, petits bébés, a différents stades de leurs évolution. On aura même le droit à un crâne de nourisson probablement mort-né. Mais le plus intriguant reste les corps découpés en 3 ou 4 tranches, un peu comme dans The Cell (la scène du cheval). C’est assez dérangeant car les corps ont conservés leur peau, mais elle ressemble à du cuir. D’autres détails sont dérangeants : quelques poils subsistent ici et là , comme pour rappeler qu’on a affaire à du vrai, à du lourd, pas à des reconstitutions en plastique.

C’est là où je suis pas hyper d’accord, en tout cas à l’aise, avec le principe de cette expo. J’y suis allé en me disant, comme beaucoup de gens, qu’il n’y a pas de problème éthique à présenter des cadavres disséqués pour le bien de la science et de la pédagogie. D’ailleurs, tout au long de l’expo, on nous rappelle que « voir c’est savoir ». Mais en fait, en y repensant à tête reposée, tout ça ne tient pas vraiment. Le problème vient du fait que l’expo semble être née du constat contraire, que savoir c’est voir, en quelques sortes. En effet, si on vous présentait un cadavre « plastiné », comme dans l’exposition Bodies, aux côtés d’un mannequin en plastique réalisé par un spécialiste d’hollywood, verriez vous la différence ? Non. On va voir l’exposition parce que l’on sait précisément qu’on va voir des corps humains. L’expo fait son beurre là dessus. On satisfait une curiosité morbide, non pas un désir de réponses scientifiques. Si le but était proprement pédagogique, alors quelle différence avec des corps humains « plastinés » et des mannequins en plastique ? Aucune, car le but serait de représenter le corps humain.
Du coup, je comprend les réactions qui furent suscitées par l’expo en France, laquelle fut finalement interdite car les organisateurs n’ont pas réussi à fournir suffisamment de documents sur l’origine des cadavres. Je comprend aussi les réactions plus basiques, de gens qui se sentent choqués. Car il reste à trouver un argument pour justifier la présentation de corps humains au détriment d’autres moyens de représentations visuelle.
Mais qu’en pensez vous ?
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| novembre 24, 2009 | Dans : Fun // Waou, Science // Espace, Web // Actu |
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Commentaires
One Response to “J’ai testé l’exposition Bodies”
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Quand l’expo est sortie en France, je me suis dit « tiens, j’irais bien voir ça, ça a l’air intéressant ».
J’y serais sûrement allé si l’ouverture au public n’avait pas été interdite…
Puis la polémique a éclaté et au souvenir du squelette en plastique de nos salles de biologie de 4ème, est venu en effet se superposer tout un tas d’argument en défaveur de cette expo « Bodies » :
– Pourquoi s’emmerder à découper des corps alors que l’imagerie médicale nous permet une connaissance et une reconstitution exacte et simple de tout ce que nous montre l’expo ;
– Quel légitimité à trimbaler des corps à travers le monde à part faire du fric ?
– et puis toute les questions d’étique sur la provenance des corps, leur « propriété »…
Je me souviens avoir même entendu le responsable de l’expo en France qui expliquait qu’ils avaient enlevé certains « mannequins » jugés trop choquants. C’est bien que ledit projet coinçait un peu aux entournures…
Enfin, je me rappelle avoir entendu les pro- »Bodies » avancer que les écorchés figuraient depuis des lustres dans tous les bons vieux Larousse et que c’était une méthode « scientifique » ayant permis des découverte fantastiques, bla bla bla…
C’est vrai, mais avec les outils d’aujourd’hui on peut s’en passer et avoir de bien meilleurs résultats !!!
Il existe des tas de moyens d’information et de connaissance du corps humain et vouloir en faire une expo reste une très bonne chose.
Il est juste dommage que le fric, toujours le fric, gouverne les organisateurs de tels évènements…
C’est un peu comme la fabrication des vaccins contre la grippe A…